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Sa vie, son oeuvre, ses fuites

Quand tu signes enfin devant de ton sang une cinqcentaine de feuilles chez le notaire, tu penses que le plus dur est derrière toi. Tu as quand même affronté des agents immobiliers et des banquiers pour en arriver là, et tu as survécu, ça a un petit côté Highlander, tu te sens la reine du monde et tu te dis que plus rien de mal ne peut t’arriver.

Et bien si.

J’ai de l’eau chaude dans la cuisine (mais pas de froide)

J’ai de l’eau froide dans la salle de bain (mais pas de chaude)

Impossible de débrancher l’arrivée d’eau du lave-vaisselle (cadeau des anciens locataires) qui fuit si on l’ouvre.

L’arrivée d’eau de la machine à laver fuit.

Tout comme l’évier.

La porte de la douche tient par la vertu du Saint Esprit, ma génitrice m’a conseillé de ne même pas essayer de la fermer.

Je crois que j’ai acheté une piscine au huitième étage.

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Sachant que…

Partant du principe que les cordonniers sont les plus mal chaussés, je vous laisse imaginer la galère que peut être l’obtention d’un prêt immobilier pour une banquière…

Entre les impôts qui ont fait de la rétention d’avis d’imposition (joie, bonheur et pétages de plombs) ma capacité à perdre tout papier important et l’appartement qui s’est révélé ne pas être habitable en l’état pour des raisons évidentes de sécurité, genre une superbe prise arrachée du mur dans la cuisine, j’ai cru ne jamais y arriver.

Sachant que ma nouvelle banquière (blonde et bonnasse, ceci étant un critère de sélection primordial pour quelqu’un qui va me faire signer de mon sang un pacte avec le grand Capital) avait décidé de ne pas retourner mes appels de plus en plus énervés.

Sachant que mon agent immobilier à la voix de téléphone rose (ceci est un critère de sélection très sérieux pour quelqu’un qui m’a trouvé mon futur nid) qui me trouve jolie avec mes nouveaux cheveux mais ne me drague pas – lorsqu’il a dit la dernière partie de la phrase, j’ai eu envie de renégocier sa commission – m’appelait une fois par jour pile les 3 jours où j’avais décidé de laisser mon portable en mode avion histoire de ne faire du hors forfait que sur mon portable pro.

Sachant que j’ai beaucoup beaucoup beaucoup de boulot version dossiers pervers et l’énergie d’une palourde sur un plateau de fruits de mer.

sleepcycleSachant que je carbure à la caféine sous toutes ses formes et que l’efficacité de la chose semble légèrement surfaite en journée mais largement amplifiée aux heures où le commun des mortels régénère ses cellules lors d’un sommeil réparateur, ce qui donne des graphs de Sleep Cycle assez drôles, voire même carrément flippants, mais assez représentatifs de la qualité de mon sommeil en période d’insomnies.

Sachant que contrairement à 95% de la population française qui est hypertendue, la moindre contrariété (ce qui peut aller de la recherche infructueuse de collants un matin où je suis en retard à l’oubli de la CB pro au moment de payer 2 nuits dans un 4 étoiles de centre ville) (ça a fait mal) me fait dramatiquement chuter la tension et tituber dès 9h du matin comme si je cuvais encore de ma soirée de la veille, alors que je n’ai pas touché une goutte d’alcool depuis un bon moment.

Sachant que mon chaton me manque, enfin sauf pour la partie « ton chat est malade et nous a ruiné la moquette » mais quand même, mère indigne, je culpabilise.

Sachant que je vais entretenir une relation suivie avec mon dentiste pour les 8 prochains mois alors que l’idée même d’ouvrir la bouche me traumatise.

Sachant d’ailleurs que je suis privée de dentifrice durant cette période (et plus ou moins à vie d’ailleurs) et qu’il me faut un quart d’heure supplémentaire chaque matin pour me brosser les dents 2 par deux à l’eau oxygénée (ce qui donne néanmoins un résultat fabuleux, il faut le dire)

Sachant que bientôt on va causer bonus et que c’est pile le moment où je me laisse submerger par le travail parce que je ne tiens plus franchement debout.

Sachant que j’ai une relation suivie avec Ahmed, Samia et tout le call center Neuf SFR sans avoir encore réussi à faire migrer ma ligne téléphonique de mon ancien appartement au futur.

Sachant que j’ai rencontré l’un des numéros 2 de mon boulot (mon N + je sais pas combien, numéro 2 quoi, grand patron après le grand patron) et que je lui ai même serré la main, tout en bas de l’échelle que je suis, sans même parler du dîner à sa table où j’ai dû décrocher 3 mots tellement j’étais impressionnée.

Sachant que la partie la plus sensible au froid de mon anatomie semble être les genoux, qui ne sont malheureusement jamais couverts par mes jupes dont la longueur est calculée pour ne pas être corporate sans toutefois ne pouvoir être remise en question par un quelconque sursaut de puritanisme sans passer pour du harcèlement vestimentaire.

Sachant que ça doit faire deux bons mois que je n’ai pas dormi une nuit sans mettre de réveil le matin (ne parlons donc pas de grasse matinée)

Sachant que mon équilibre alimentaire ferait défaillir une diététicienne et conditionne les jupes de tailleurs que peux enfiler ou non le matin.

Sachant quand même que je songe à demander ma mutation à Londres parce que pfiuuu… sont quand même mieux pourvus que nous en jeunes étalons en costume (ceci est un critère important pour mon bien-être au bureau, même si le fait qu’un collègue m’appelle « chérie » aide à dédramatiser mes journées de travail) (les rumeurs enflent, les sous-entendus aussi, c’est très drôle)

Sachant que le vendredi je regarde satisfaite mon agenda de la semaine suivante en me disant que « c’est cool ça va être calme j’ai rien de prévu » et que miraculeusement en fin de journée je me retrouve à répondre « On peut se voir vendredi prochain, c’est ma seule disponibilité de la semaine » sans comprendre comment j’ai pu remplir 5 soirs de semaine en moins de 7 heures.

Sachant quand même que je ne remplis mon agenda qu’avec des gens que j’ai vraiment envie de voir parce que mon masochisme a des limites.

Sachant que ma volonté de redevenir une vraie brune a disparu lors de l’apparition de ma frange mais que la visibilité de ma couleur d’origine sur environ 5cm me perturbe au plus haut point, sensation à peine atténuée par la découverte du shampooing parfait auquel je vais rester fidèle pendant environ un flacon.

Sachant que j’ai une épouse formidable qui serre les dents et supporte mon bordel sans râler, et à laquelle j’ai annoncé que la signature (et donc mon déménagement) était reculée de 10 jours (mais en échange je ferme les yeux et les oreilles si elle sous-entend qu’elle voudrait avoir des aventures extra-conjugales, ce qui est en quelque sorte une façon de lui donner ma bénédiction)

Sachant que je suis en direct-live l’organisation du mariage d’une collègue en me demandant comment on peut être assez masochiste pour s’infliger ça de son plein gré et ne pas envisager de se barrer à Vegas pour faire ça vite fait bien fait.

Sachant qu’après avoir joué à l’inspectrice des travaux finis des plafonds, demain matin je vérifie si un volet roulant roule bien comme il devrait rouler.

Sachant que j’ai enfin sous les yeux mon offre de prêt…

… Vous m’excuserez mais je vais aller me coucher

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Vendredi 13, la malédiction

Je ne suis pas d’un naturel superstitieux. Je passe sous les échaffaudages, voulais un chat noir (concrètement, la mienne est noire… et grise, et blanche, et laisse des poils partout) m’en fous qu’on soit 13 à table (juste que si on avait été 12 il y en aurait eu plus) et j’ai survécu jusqu’à l’âge avancé de 27 ans, ce qui pour un boulet de compétition relève du miracle.

Donc vendredi 13, ouai, ranafoutre, c’est une journée comme une autre.

Que je pensais.

8h20, après une nuit étrange, je remplis la gamelle du félin de croquettes (qui puent la mort) et me dirige de la cuisine vers le canapé pour mettre mes chaussures quand je sens quelque chose de bizarre au niveau de mes pieds. De très bizarre. Genre bizarre qui bloque. Au moment où mon nez heurtait le parquet, je me suis rappelée que depuis 3 ans, un câble réseau traverse mon appartement. J’ai attendu 3 ans – et un vendredi 13 – pour me prendre les pieds dedans et m’étaler relativement violemment. Mes mains n’ayant eu l’idée d’amortir la chute qu’une fois mon nez en contact avec le sol.
J’ai failli acheter un appartement avec du carrelage, je suis contente de n’avoir rien concrétisé.

8h35, je suis sur le quai du RER, le train est à l’approche, quand mon cerveau arrête de m’envoyer le signal de la douleur de la jambe droite pour me rappeler qu’à midi j’ai un rendez-vous pour mon prêt immobilier. Et qu’accessoirement, tous les papiers nécessaires sont restés sur la table. Dans mon appartement. Demi-tour, repassage devant le chantier qui bloque toute la rue, récupération du dossier, chat qui se barre dans les escaliers et trouve que c’est un super moment pour jouer à chat, envie de pleurer.

9h30, arrivée royale au bureau – dans la théorie je commence à 9h – allumage du pc. Premier plantage. Tentative d’ouverture du dossier délicat en cours. Deuxième plantage. Appel du service informatique (que j’ai prévenu la veille) et café en regardant la souris bouger toute seule sur l’écran gris.

10h29, constatation du service informatique: « We have an issue here, we need to run some tests tonight when you will leave. I call you back at 5.30pm. » Ah ben la journée va être courte…

12h00, rendez-vous dans une banque avec mon dossier sous le bras. La malédiction des banquiers pas mangeables continue. Je choisirai la banque où le conseiller sera le plus sexy et puis c’est tout, je suis pour l’esthétisme dans les relations monnayées, et vu les taux d’intérêt, j’ai bien le droit d’en avoir pour mon argent.

J’entame l’après-midi avec une légère appréhension…

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Ce que les banquiers font de leurs bonus

Beaucoup de choses sont dites sur les banquiers, et généralement, c’est pas joli à entendre. Je le sais, je passe mon temps à dire que les agios, c’est pas de ma faute, j’ai refusé de bosser avec la clientèle de cas sociaux toujours débiteurs je ne travaille qu’avec les banques (oui, les banques sont clientes les unes chez les autres, tu crois que quand t’envoies de l’argent au Nicaragua, un banquier y va avec sa petite pirogue? Non, il fait un virement (ceci est la version simplifiée hein)) Et le pire dans ce capitalisme sauvage, c’est que ces enflures sont grassement payées pour faire souffrir le français moyen qui est à découvert 25 jours par mois, et qu’en plus, ils touchent des bonus.

Lolons ensemble sur ce dernier point. Si si, j’insiste, on lole tous en cœur. Voilà, merci beaucoup.

Money

Hier, mes bonus des deux dernières années passées à trimer pour une banque dont la renommée n’est plus à refaire tant on a pleuré des larmes de sang en lisant la presse un certain matin de janvier 2008, je disais donc, mes bonus arrivaient à expiration. Enfin pas vraiment mes bonus, parce que de bonus, je n’en ai point eu. Le bonus est un truc de trader. Pour les autres, ce sont des primes. Et des petits cadeaux surprise, comme ça, pour te remercier de te lever chaque matin et de vendre ton âme sur l’autel des flux financiers internationaux. Ma prime après deux ans d’ancienneté était d’un montant à 2 chiffres, ce jour-là, devant l’air satisfait de ma chef m’annonçant que ça avait augmenté depuis l’année précédente, j’ai commencé à lorgner les offres d’emploi. Et dans les cadeaux divers et variés, il y a eu le crayon corporate… et des chèques cadeaux. Lire la suite »

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Shopping de rentrée

Des fois, ma génitrice m’effraie. Comme par exemple quand elle a demandé « vous ne fournissez pas le mari avec l’appartement? » à la charmante demoiselle avec qui on allait faire une visite.

J’ai eu envie de mourir.

J’ai allumé une clope de stress (c’était l’époque où je pouvais encore) (depuis je découpe des patchs en forme de fleur, d’étoile, de coeur, de mésange, et je me les colle dessus) (ils me rendent malade, l’envie de vomir coupant l’envie de fumer)

La demoiselle a été cool elle a dit que si elle en trouvait un elle se le gardait. Et aussi qu’elle commençait les patchs le 1er octobre. J’y ai presque vu un signe, le destin, mon âme soeur, et après la nicotine a fait effet et je me suis rappelée qu’on était là pour parler business.

Dans ma to do list des vacances, j’ai donc rajouté « signer la promesse de vente« , et dans celle d’après les vacances, il y a « trouver une banque qui ne me veut pas avec du gravier et du verre pilé » (et je suis bien placée pour savoir que tous les banquiers sont de vilains méchants), « trouver des déménageurs« , « faire toutes les formalités au plus vite« , « décider de ma future adresse« , et « péter la gueule du proprio » s’il change d’avis pendant la nuit.

Sans déconner,  pourquoi c’est le jour où je pars en vacances (donc loin de Paris) que j’apprends que mon offre est acceptée?

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