Quand tu signes enfin devant de ton sang une cinqcentaine de feuilles chez le notaire, tu penses que le plus dur est derrière toi. Tu as quand même affronté des agents immobiliers et des banquiers pour en arriver là, et tu as survécu, ça a un petit côté Highlander, tu te sens la reine du monde et tu te dis que plus rien de mal ne peut t’arriver.

Et bien si.

J’ai de l’eau chaude dans la cuisine (mais pas de froide)

J’ai de l’eau froide dans la salle de bain (mais pas de chaude)

Impossible de débrancher l’arrivée d’eau du lave-vaisselle (cadeau des anciens locataires) qui fuit si on l’ouvre.

L’arrivée d’eau de la machine à laver fuit.

Tout comme l’évier.

La porte de la douche tient par la vertu du Saint Esprit, ma génitrice m’a conseillé de ne même pas essayer de la fermer.

Je crois que j’ai acheté une piscine au huitième étage.

Déjà 15 jours que je suis homeless, l’heure d’un petit bilan…

Elles sont deux dans un studio de 30 m² avec un chat, 3 pc, un smartphone, 4 cartons. C’est la coloc de la vacuité!

demenagement

Je ne vais pas vous raconter comme je suis chouchoutée et bichonnée, option « Chérie ne m’attend pas à la sortie de l’Eurostar nue sous ton trench, je vais être en retard, mais je veux une pizza chaude et un lit douillet à mon arrivée » étant donné que Nina le raconte beaucoup mieux que moi dans son bilan.

Je vais me contenter d’avouer qu’hier, j’ai fait un revival de mon adolescence, version honteuse.

Vers 17h30, alors que j’avais trainé ma carcasse du canapé à la douche en grommelant que je voulais crever par auto-décapitation, puis de la douche au canapé en disant que ça allait un peu mieux, ma colocataire a fourbement profité de mon regain d’énergie pour asséner un « ok, on fait le ménage! » sans appel.

Ah, du ménage, vraiment?

Oui, vraiment. Malgré toute ma mauvaise volonté affichée, le fait que je refuse de lâcher mon téléphone portable et que je traine de la tong avec insistance, j’ai du participer. Pascal le grand frère aurait vu dans mon comportement un cas typique de test des limites de l’autorité. Me manquait plus qu’un chewing gum à mâcher la bouche ouverte pour parfaire le tableau.

Comme 2, dans 30m², ça peut vite faire beaucoup de monde à s’activer, j’ai opté pour le défaisage/refaisage de lit, puis le pliage de linge. Activités que je maitrise. Sauf qu’à un moment, alors que je faisais une pause téléphone entre le pliage de deux chaussettes, j’ai entendu quelqu’un parler derrière moi. Genre juste derrière. Genre j’étais grillée en pleine non activité. Pour arranger le tout, j’ai eu un tel regard coupable que mon cas est devenu indéfendable. Même si j’étais vachement plus courageuse que le chat, planqué sous le lit.

Comme tout ado qui se respecte, après avoir consciencieusement glandé, et regardé les autres s’activer, vint le moment à 19h (pile) où j’ai osé un « C’est quand qu’on mange? J’ai faim! »

Mon excuse? Je suis malade, d’abord! (j’avais dit que ça ferait mal quand j’allais relâcher la pression, ben je suis malade)

Pour changer (et reposer les deux neurones qui se relaient pour tenir la bête sur pattes) de la note en vrac, avec du sexe, de la violence et des larmes (enfin presque)

Vendredi, 19h59, je rejoignais avec une minute d’avance sur l’horaire indiqué F, avec qui j’allais déguster le concert de Benjamin Biolay. Après une première partie globalement pénible (dixit les Inrocks, et j’aurais tendance à être plutôt d’accord) (malgré des paroles signées Biolay, je n’ai pas du tout accroché au style de la demoiselle, ni à sa voix très Brigitte Bardot) et 20 minutes d’entracte, l’heure du décès de ma petite culotte a été prononcé environ 30 secondes après son entrée sur scène. Parfois, je suis d’une niaiserie affligeante. Mais la Superbe en live (pour ne citer que ce titre), ça file des frissons. Et finir sur Brandt Rhapsodie fut franchement orgasmique (je réalise soudain que ça aurait été la BO parfaite de ma note précédente) (et le débat « sexy ou pas » fait rage en ce dimanche soir, je maintiens que le cheveux douteux a un pouvoir aphrodisiaque certain, Nina me répond que ça fait juste crade. Aucun goût…)

Pour les gens qui m’ont demandé comment se passait la vie dans mon nouvel appartement… Je n’en sais rien en fait, étant donné que je suis SDF. Que ma vie tient dans ma voiture et quelques cartons, cartons délicatement déposés en vrac chez Nina, et dans lesquels je puise au hasard de quoi m’habiller le matin (ce qui peut donner des associations assez intéressantes) Et quand je me rends compte que j’ai oublié de garder une paire de talons de 10 pour aller travailler, ça me donne l’occasion d’en racheter.

Pour finir, soyez sages les enfants, Maman part 3 jours travailler de l’autre côté de la Manche (d’où les tenues de business girl et les talons vertigineux) (ça rigole pas avec le look à la City, mes jeans noirs ne feraient pas illusion bien longtemps) (oui, c’était juste histoire de caser la City dans une parenthèse), pleure d’avance à la vision des talons de 10 (aiguille sinon c’est pas drôle, je compte tenter le rapatriement sanitaire) et à l’idée du sevrage Twitter, et vous racontera si vous êtes sages.

Parfois, j’aime vivre des expériences surnaturelles, au péril de ma vie. On appelle ça se dévouer pour l’humanité, et c’est épuisant. Par exemple, hier, j’ai vécu une journée de boulot intensément interminable (le dossier qui explose en vol au moment où tu ranges ton bureau, juste avant de partir, et éclabousse tout partout, c’est du bonheur en barre) dépanné une machine à laver (non mais pour de vrai hein, depuis elle ronronne à l’essorage, un vrai plaisir) en petite tenue et plié environ 3 machines de linge, avant d’en étendre une dernière. Un croisement entre Wonder Woman et Bree van de Kamp. Aujourd’hui, je sauve le monde, et demain je me repose, je crois que je l’aurai bien mérité. Dimanche je reprends du service, vivement lundi que je me repose… euh… que je bosse!

PerfectPanties

Hier, j’ai aussi décidé d’aller en pélerinage chez American Apparel, genre pour de vrai, dans une boutique. Le truc qui arrive une fois par an à l’addict de shopping virtuel que je suis. Quitte à ne pas essayer par flemme, autant carrément ne pas se déplacer pour choisir, le net c’est magique pour ça.

Comme la boutique de la rue du Temple est petite, bruyante et que j’apprécie moyennement d’avoir l’impression de déranger, j’ai tenté celle de la place du Marché Saint-Honoré. Qui est plus grande, plus calme, et où on m’a même dit bonjour (j’ai limite eu peur et envie de repartir, comme si quelque chose quelque part modifiait le cours normal de l’univers)

Shiny Pencil SkirtAmerican Apparel a toujours été un mystère pour moi. Quelque part entre l’amour fou et de grands moments de what the fuck. Par exemple, la jupe ci-contre me laisse perplexe. A moins de travailler en plein air et en nocturne, ou de chercher des fringues réfléchissantes pour faire du Vélib la nuit, qui peut bien porter ça? De son plein gré? Parce que oui la coupe déchire, mais le lamé or, sérieusement, ils le sortent d’où? Des chutes du micro-short de Kylie Minogue? Et au lavage, ça tient comment? Non mais vraiment, quelqu’un ici peut-il me dire « j’ai ça chez moi » (avec photo à l’appui sinon c’est trop facile) et ajouter « je le porte régulièrement, cette jupe est parfaite dans toutes les situations du quotidien » ? Je pense pouvoir dire sans trop m’avancer que non. Lisez le reste de cet article »


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Samedi était le grand jour. Celui où, grâce à une technique très au point de chantage, de menaces et de pressions psychologiques en tout genre, j’avais réuni la crème du top, afin de vider mon maintenant ex chez moi et tenter de le décrasser un chouia en vue d’une hypothétique récupération de caution (quand j’ai dit ça, ça a grave lolé…)

En fait, j'étais debout à 6h...

En fait, j'étais debout à 6h...

La crème du top signifiant Marmotte Narco (qui devait chercher à s’enfuir de Bretagne pour se porter volontaire), Nina (qui se sentait encore redevable depuis son déménagement), So Long (sans qui mes cartons n’auraient pas eu la même saveur), une ancienne collègue (qui voulait voir mon appart sans ses deux tonnes de bordel), une ancienne survivante de l’époque anglaise (qui a eu la folle idée de se porter volontaire), et une grenouille (qui a découvert que non, tous les RER ne s’arrêtent pas à ma station)

Twitter2

So Long, ma sauveuse de cartons du vendredi.

La veille, j’avais déjà réquisitionné So Long pour la dernière mise en cartons, usant de mes charmes (et de mon soutien-gorge) pour l’attirer chez moi, et lui faire oublier les conditions sanitaires borderline. Fourbe, je sais.

Blog petite culotte, donc.

Blog petite culotte, donc.

Pleine de confiance en mon prochain, j’avais quand même prévu des back ups samedi à la lecture du « Ouai, je viens, mais j’ai une soirée vendredi » et ai regretté d’avoir pris des paris sur « viendra? viendra pas? » quand j’ai reçu un texto à 9h35 « Je me lève et j’arrive » (on commençait à 10h, en banlieue, mais pour la beauté du geste, j’ai évité tout sarcasme)

Cartons

Divers bordel volume 1 (sur 3)

Vers 11h, tout le monde avait fini son café, son pain au chocolat, sa préparation psychologique, de flipper sur la quantité de cartons (et leurs intitulés) et se mettait à l’ouvrage dans la joie et la bonne humeur, en un joyeux remake du retour des nains de Blanche Neige. Je m’attendais à du sang, des larmes, et quelques coccyx fracassés dans l’escalier (traître, l’escalier) et je dois dire que j’ai été déçue, personne n’a chu.

Carton alcool

Il manque le carton "ado attardé" qui eut du succès, bien que lourd.

C »est approximativement à ce moment là qu’il aurait été judicieux que je me foule la cheville pour faire distraction. Parce que quand tu mélanges de la collègue, des gens rencontrés via le blog, des gens m’ayant connu à mon époque anglaise (c’est à dire alcoolique et peu habillée) et des gens me connaissant par coeur, et que tu t’éloignes de plus de 2 mètres, forcément, il y a un moment où quelqu’un attaque les dossiers.
Et comme s’il n’y en avait pas assez à raconter, j’ai bougé le clic clac.
Sans me méfier. Malgré les multiples avertissements de So Long à base de « pas de mauvaise surprise, tu vérifies sous le canapé! »

Stupeur et tremblement

Stupeur et tremblement

Soudainement, un troupeau d’anges est passé. Marmotte Narco a hurlé « Quoi? Ma soeur n’est pas vierge? » Nina a proposé de faire un test ADN pour déterminer le(s) coupable(s) et j’ai rappelé à tout le monde que parfois j’hébergeais du monde, et même des couples, et que pas avant le mariage. Soudainement, j’ai regretté que le carton alcool soit déjà parti.

Tu la vois ma grosse ironie et mon envie de disparaitre?

Tu la vois ma grosse ironie et mon envie de disparaitre?

Tout le monde y est ensuite allé de sa petite anecdote dont j’étais l’héroïne, option honte vintage. Avec Marmotte Narco qui me pratique depuis bientôt 23 ans, forcément, il y avait du dossier. Ça a mis une super ambiance, et soudé l’équipe. Il faut parfois savoir se dévouer pour motiver les troupes, voire même se sacrifier. Ou assumer un retour de karma (cette pute)
Je pense avoir lessivé mon aura pour les 3 prochaines années.

Twitter7

Malgré le ton ironique, j'ai apprécié que mes efforts soient remarqués

L’avantage du déménagement, c’est que du coup tu découvres de nouvelles activités dont tu n’aurais pas soupçonné le potentiel de lolitude si tu n’avais pas envie de t’occuper les mains pour tenter de faire abstraction des discussions. Genre faire les vitres. Le truc qui en temps normal me traumatise, parce que j’ai le vertige sur une chaise. Alors sur un escabeau, au bord d’une fenêtre, soit à un étage et demi du trottoir… Ce fut une grande première, et comme une révélation: une vitre propre, c’est beau, c’est transparent, mais au 8ème étage, je sens que ma motivation va vite faiblir.

En vrai, j'ai un peu de fesses, c'est juste que mon pantalon avait décidé de se transformer en baggy

En vrai, j'ai un peu de fesses, c'est juste que mon jean avait décidé de se transformer en baggy (et ouai, j'avais froid, d'où la doudoune super tendance)

Un déménagement, c’est de la sueur, des gros mots, des ongles cassés, mais aussi de grands moments de sensualité, des hommes sous des machines à laver, des femmes frottant des murs, moi passant la serpillère (moment collector) et des pauses café toutes les demies heures… face au chauffage d’appoint, parce que samedi, il faisait quand même un peu frais (un peu, légèrement, genre 4° à tout casser)

Et tout ça pour moi...

Et tout ça pour moi...

Marmotte Narco, ce garçon facile...

Marmotte Narco, ce garçon facile...

Un déménagement, c’est aussi un peu d’émotion quand on voit l’appartement vide, et qu’il faut couper le compteur… Quatre ans sur Paris, quatre ans dans ces 25m², quatre ans de tout, de n’importe quoi (surtout de n’importe quoi, et je ne parle même pas du ménage) quatre ans qui se sont finis en rendant les clés dimanche matin… Avec un petit pincement au coeur, et le soulagement d’y avoir survécu!

The end

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