J’ai aujourd’hui mis le doigt sur ce qui fait que je ne serai jamais une blogueuse influente, en plus du fait que je passe ici tous les trois mois: je parle de tout après tout le monde. Par exemple, fin décembre je vais fêter la naissance d’un gamin avec 2010 ans de retard. Et aujourd’hui je vous parle d’hier. Quelque part, c’est un concept, le blog à retardement (ou en retard tout court, oui, je sais)

Hier, lendemain du lancement de la campagne contre le viol, était la sainte Catherine, et la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Je ne sais pas vous, mais moi je trouve cette semaine super joyeuse. Bref, à l’occasion de cette journée, l’association ni putes ni soumises lançait la journée « toutes en jupe! » Beaucoup de choses en deux jours, et pas mal d’interrogations.

Les critiques ont pas mal fusé sur ces deux campagnes: « Une journée c’est ridicule, c’est un combat de tous les jours » « Ouai, une pétition, pourquoi? » « Et pourquoi ne parler que des femmes, des hommes aussi sont victimes » « En quoi porter une jupe est une revendication? » etc.

Oui, une journée, c’est trop peu. Sauf que la campagne contre le viol ce n’était pas seulement avant hier, elle va continuer. Et parfois, une journée pour rappeler l’existence de certaines choses qu’on a tendance à occulter tant qu’on n’est pas, directement ou indirectement, concerné, ce n’est pas plus mal. Les commentaires de l’article de Maïa Mazaurette « Comment je n’ai pas été violée mais vraiment parce que j’ai de la chance » sont assez révélateurs: quand elle explique que la moitié de ses copines ont été ou ont failli être violées, certains commentateurs semblent tomber des nues car dans leur entourage ce n’est jamais arrivé à personne. Nuance: personne de leur entourage ne leur a dit avoir vécu une agression sexuelle, ou être passé de justesse à côté. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Mais ce qui ne veut pas dire qu’ils ne connaissent pas quelqu’un à qui c’est arrivé. Je me suis d’ailleurs toujours demandé comment on pouvait sortir des chiffres là-dessus quand le sujet est si personnel et délicat, et le nombre de plaintes non significatif de la réalité.

Le fait que la campagne ne soit ciblée que sur les femmes me fait aussi tiquer. Tout d’abord parce que si on prend les chiffres (depuis le paragraphe précédent, j’ai trouvé une explication des chiffres, qui ne sont donc que des estimations), une femme sur dix se fera violer durant sa vie. Mais sur dix victimes d’agressions sexuelles, 0,9 sera un homme. Ce n’est pas rien. Pour connaître l’histoire d’un des 0,9, je trouve que c’est bien trop pour être passé sous silence, et pour considérer que ce sont les hommes les méchants et les femmes les victimes. Il y a aussi des hommes victimes, des hommes qui ne portent pas plainte parce qu’ils ont honte, qu’ils ont peur, et de manière générale les mêmes raisons qui font que les femmes se taisent, les exclure d’une campagne de sensibilisation aux victimes me semble absurde. Quel est le message là? Qu’ils peuvent continuer à se cacher, parce qu’ils sont des hommes? Ca m’embête quand même beaucoup cette histoire…

Pour la journée de la jupe, j’ai songé à un complot du ministère de la santé pour relancer une méga épidémie, genre un rhume tueur ou une angine foudroyante. Je suis en robe/jupe/short tous les jours (ou quasiment) mais hier, j’ai sérieusement eu froid aux genoux. Oui, j’ai le genou qui congèle vite, je n’ai jamais trop compris pourquoi. Alors demander à des nanas qui sont tous les jours en pantalon de porter une jupe en plein mois de novembre, c’est pas un peu sadique? Bon, ok, en juillet, ça n’aurait pas la même portée symbolique… Mais d’ailleurs, quelle devait être la portée symbolique de la chose? De mémoire, la loi, le décret ou l’ordonnance (il est tard lorsque j’écris cette note, vous excuserez le manque de recherches sur ce coup-là, mais j’ai sérieusement la flemme) bref la chose qui dit qu’une femme peut porter un pantalon si elle tient les rênes d’un cheval ou le guidon d’un vélo à la main n’a pas encore été abrogé. Porter un pantalon est donc un acte militant quotidien. Alors oui, il y a la symbolique de la chose, les explications sur la liberté de porter ce qu’on veut, quand on veut, et revendiquer le droit de ne pas se faire insulter ou agresser… Je me suis déjà fait insulter alors que j’étais en jean et basket. Je me suis déjà fait méchamment emmerder alors que j’étais en jogging. Le fait le plus choquant n’était d’ailleurs pas ce que je portais, mais l’absence totale de réaction des personnes autour dans chacun des cas, et surtout dans ce RER où une seule personne m’a demandé en sortant si ça allait. Je suis maintenant tous les jours en jupe courte, je me véhicule principalement à pieds y compris le soir, éventuellement on peut argumenter que je triche avec un manteau un peu long quand je sors, mais ma vie n’a pas changé le jour où, pour des raisons professionnelles, je n’ai plus porté de jeans mais des jupes. Je ne vis pas non plus dans un quartier particulièrement sensible, certes (même si les avis diffèrent sur mon voisinage, mais ceci est un autre débat!) et je suis peut-être inconsciente. Ou fataliste. Mais je refuse de me dire que la façon dont je m’habille pourrait me rendre responsable de quoique ce soit, et que quelque chose aurait pu être évité si j’avais porté un baggy. Parce que c’est tout bonnement faux. Attention, je ne dis pas qu’il était stupide d’être en jupe hier (ou en kilt messieurs, vous sous-estimez beaucoup trop le potentiel de la chose, c’est bien dommage) (bon, ok, loin de l’Ecosse, ça a moins de gueule, mais quand même) mais que pour faire bouger les choses, il faudrait peut-être qu’on se rentre dans la tête qu’on peut s’habiller comme on veut quand on veut (dans les limites du corporatement acceptable, bien entendu) et que le regard qui dérange le plus, ce n’est pas celui des autres, mais le sien. Parce qu’en mini robe et avec un regard de pitbull, je n’ai jamais été embêtée.

Pour finir, pour ceux qui sortiraient d’une grotte sans wifi, je vous mâche le boulot: vous pouvez trouver les revendications de la campagne contre le viol ici, je vous laisse lire et décider ensuite si vous souhaitez signer ou non la pétition.

Je sais que ce fouillis n’est pas dans le ton habituel de ce blog, que c’est désordonné, et que si ça continue on va finir par parler politique ici et que ça va devenir drôlement chiant. Mais pour une fois que j’avais de l’inspiration pour une note, hein… Et qui collait presque avec l’actualité, en plus!

Sur ce, je vous souhaite un excellent week-end, le mien le sera à coup sûr étant donné que j’ai récupéré ce matin une Marmotte Narco jet laguée à l’aéroport, de retour de Kangourouland, et que je compte bien passer le week-end à célébrer son retour en terres civilisées!

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8 Réponses à “Short skirt/long jacket”

  1. pat' dit :

    I soooo agree with you! depuis que je suis de retour a Marseille (après London), je me dis que j’aurais beaucoup plus de mal a prendre le métro en jupe ici ….. et je trouve ça tellement con! je devrais apprendre ton regard de pitbull :)

    • Vicky dit :

      Après l’Angleterre, il faut un temps de réacclimatation, j’ai connu ça! Après, je ne dis pas qu’il est facile de s’habiller comme on veut où on veut, mais que parfois, les limites sont dans la tête ^^

  2. lilith dit :

    Si ton article est s n’importenawak, c’est parce que le débat que tu soulèves l’est tout autant. Je m’en suis bien rendu compte à la suite de cette fameuse journée, entre les commentaires sur mon propre article (pourtant si innocent et politiquement correct), et ce qui a été dit ailleurs. Une journée ne suffit pas, certes. Et les femmes n’en sont pas les seules victimes, certes.
    Mais une chose m’a fait tiquer dans le discours de Ni Putes Ni Soumise, c’est que dans certains « lieux », mettre une jupe est tout bonnement impensable. Et moi j’en mets tous les jours sans me soucier de qui ou de quoi… La place de la femme, et son « attitude », un débat sans fin, non?

    Et en passant, ce jour là nous fêtions la Sainte Catherine Labouré (non pas la sainte Catherine de Sienne, plus connue). Et cette Labouré (lol), beh c’est un peu mon arrière grand tante. La classe, hein?!

    • Vicky dit :

      La classe, ouai!
      Après, je parlais de deux choses distinctes: la campagne contre le viol qui selon moi ne devrait pas être uniquement à destination des femmes, et la journée en jupe. Après, c’est clair que nous avons le luxe de pouvoir nous mettre en jupe où on veut et quand on veut au quotidien. Mais je suis totalement consciente que ce n’est pas le cas partout…

  3. Kévin Hinault dit :

    « De mémoire, la loi, le décret ou l’ordonnance (il est tard lorsque j’écris cette note, vous excuserez le manque de recherches sur ce coup-là, mais j’ai sérieusement la flemme) bref la chose qui dit qu’une femme peut porter un pantalon si elle tient les rênes d’un cheval ou le guidon d’un vélo à la main n’a pas encore été abrogé. »

    Une demande d’abrogation de l’ordonnance a été effectuée il y a 2 mois a laquelle il a été répondu que ce n’était pas une urgence …

    Concernant les hommes, ils peuvent aussi porter des jupes, pas seulement des kilts. Si si ! Il existe plein de forums à ce sujet. Je te laisse chercher :)

  4. Michel dit :

    Bonjour,
    Je suis un homme, hétéro, père de trois enfants. Je possède plusieurs jupes, longues aux chevilles, courtes au dessus des genoux (55cm), en jeans, en toile, en coton, unies ou quelque peu ornées de coutures de couleurs ou de rayures fines. A la campagne, dans mon terrain, lors de promenades en nature, je suis en jupe. Essentiellement en belle saison, car en hiver, le port de collants enlève, selon moi, les sensations agréables d’être en jupe.
    A ma connaissance, rien n’interdit, à un homme, de porter sur la voie publique jupe ou robe.
    Les hommes que je croise sont infifférents, ou faignent de l’être, les femmes engagent toutes sortes de conversations sympathiques. Poue « aller à la ville » (j’aime cette expression… lol), je m’autorise jupe-culotte ou sarouel qui passent bien aux yeuX de la foule depuis l’intégration des pantacourts dans la garde robe masculine. Je reconnais que le regard « des autres » influe sur mon comportement, sur « mes » libertés que je « m’autorise ». Car, personnellemnt je rêve de porter des jupes plus souvent, le plus souvent possible !!! Mais je crains… et cela « craint » !!! Il faut être fort, ou forte, selon qui l’on est, pour simplement être soi au mileu de Toutes & Tous …
    Cordialement
    Michel, un homme qui aime porter des jupes.

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